MATER ECCLESIAE

L'incroyable histoire de la mosaïque de l’Ecclesiae Mater de sur la place Saint-Pierre.

Si vous observez la façade de la basilique sur votre droite (au niveau de la partie la plus avancée du Palais apostolique), vous pourrez voir la plus célèbre icône mariale du XXème siècle : l’Ecclesiae Mater.

Saviez-vous qu'avant l’attentat contre saint Jean-Paul II en 1981, la place de la basilique ne possédait aucune représentation de la Vierge ?

Jésus-Christ, Jean le Baptiste et les apôtres couronnent la façade de la basilique, les statues de 140 saints veillent sur les pèlerins depuis la colonnade, les imposantes statues de Pierre et de Paul se dressent sur le parterre et les armoiries papales alternent avec les visages de la rose des vents qui souffle sur le sol ... Cela pourra vous paraitre surprenant, mais seule l’image de la Vierge était absente parmi les centaines de représentations que l’on peut admirer dans le grandiose complexe baroque de la place Saint-Pierre.

Nous sommes en 1940 et la Pologne était alors occupée par les troupes nazies. Le jeune Karol Józef Wojtyla travaillait à l’époque en tant qu’ouvrier et sentait déjà sa vocation naitre en lui, en particulier grâce à la lecture d'un texte sur la dévotion à la Vierge de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Cet ouvrage aura sur lui un impact très profond, notamment pour sa dévotion envers Marie. L’expression de l’auteur Totus tuus (« Je t'appartiens ») deviendra alors sa devise - et inscrite son blason - dès 1958, année de sa nomination en tant qu’évêque.

Durant la Semaine Sainte de 1980, le pape accueillit en audience les étudiants de l'Opus Dei. L’un d’eux, Julio Nieto, fit remarquer à l’assemblée l’absence frappante de toute représentation mariale. Le Saint Père lui a alors répondu avec son enthousiasme habituel : « Cela veut donc dire que nous devrons compléter l’ornement de la place ! »

Afin de concrétiser cet engagement, Monseigneur Alvaro Del Portillo et l'architecte Javier Cotelo ont choisi un emplacement en dehors du complexe baroque, idéal et désormais intouchable dans son intégralité : une fenêtre du Palais apostolique qui sera murée pour accueillir l'effigie. Le pape reçut le projet, en apprécia la valeur, mais il n’y eut à l’époque aucun suivi.

L’attentat contre Jean-Paul II et de la Vierge Marie

Le 13 mai 1981, lors de la célébration de Notre-Dame de Fátima (selon le calendrier liturgique), Wojtila se trouvait dans sa papamobile sur la place centrale pour une audience générale. Il fut alors touché, peu après 17 heures, par deux balles qui ont perforé son côlon et son intestin. Certains prétendent que les balles étaient au nombre de trois. Ce qui est certain, c’est qu’à ce jour, le terroriste turc Ali Ağca n'a jamais révélé le nom de l'instigateur de cette attaque, même si l'hypothèse la plus plausible est celle invoquant l'implication de l'ex-Union soviétique.

Le pape fut transporté en ambulance à l’hôpital romain « Policlinico Gemelli » et a subi une opération de plus de 5 heures, sous l'onction des malades et la désespération générale des fidèles qui craignaient pour sa vie.

Wojtyla s'est toujours considéré comme un miraculé. L’intervention de Marie aurait permis de « dévier la balle meurtrière », qui fut ensuite offerte au sanctuaire de Fátima et déposée dans la couronne de la Vierge.

Le pape a rencontré le terroriste en prison à Noel 1983 et lui a conféré le pardon.

Pour conserver la mémoire cet événement extraordinaire, l’idée d’orner la place d’une représentation de la Vierge fut de nouveau discutée. La proposition de l’Opus Dei fut alors relancée et c’est ainsi que le pape émit le souhait d’ajouter une iconographie de la Mère de l’Église protégeant les fidèles en ces temps toujours plus durs.

La mosaïque

Elle a été réalisée par l’atelier de mosaïque du Vatican et installée le 7 décembre 1981, puis bénie le lendemain (Immaculée Conception).

Elle mesure plus de deux mètres et demi de haut, afin que l’on puisse la voir depuis la place. Sous la figure de la Madone, on peut voir le blason du pape et l’inscription de sa devise Totus tuus, les lettres en bronze Mater Ecclesiae sont inscrites sous la corniche.

La mosaïque s’inspire de la « Madone de la colonne », une ancienne fresque murale du XVème siècle qui ornait l'ancienne basilique de Constantin et qui, grâce à sa portée miraculeuse, fut préservée de la destruction et replacée dans la basilique moderne.

La fresque, restaurée sous Paul VI, fut baptisée « Mère de l'Église » (Mater Ecclesiae) en 1964.

En 2006, Benoît XVI fit placer une plaque sur le sol, indiquant la date de l’attentat en chiffres romains et à l'endroit même où le pape Jean-Paul II fut touché.